Pourquoi laissez vous mourir vos photos ?

Pour comprendre le fil d’Ariane du défi “1 image, 1 histoire”, commencez par lire la genèse de l’aventurePourquoi je vais vous raconter 52 histoires avec une photo à raison d’une anecdote pendant 1 an . 52 photos, 52 histoires pour raconter mes 20 ans de voyages . 52 semaines pour parler de la photo de voyage  et de l’importance des photos dans la vie de chacun d’entre nous. Vous aimez les histoires, vous aimez la photo, Ecrivez la votre et envoyez-moi votre anecdote. Chaque mois je publierai une de vos photos avec son récit de voyage ! Nos souvenirs sont trop beaux pour rester au fond du placard ! Alors dépoussiérez vos photos. Si vous les avez faites, c’est pour les faire vivre ! Un cadeau vous attend à chaque sélection !

Episode 1/52 – Le p’tit gars d’Ampasipohy

 

Pour cette première histoire, je donne la parole à Matteo, mon petit voisin durant 7 ans sur une plage du bout du monde.

J’ai 4 ans, je m’appelle Matteo, je suis pêcheur, cuisinier et indépendant. Je vis, toute l’année, les pieds dans le sable blanc sur une plage paradisiaque de l’Océan Indien. Ma grande île s’appelle Madagascar. Ma maman est très occupée à la culture du riz et du manioc. Mes grands frères vont à l’école, alors maman fait de la broderie pour revendre ces nappes et subvenir aux frais de scolarité. Avec toutes ces activités, elle n’a plus beaucoup de temps pour moi.

A l’âge de 3 ans, elle m’a pris entre 4 yeux et m’a dit “Matteo, tu seras bientôt un homme, alors il faut apprendre à te débrouiller seul. ” Waouh ! Je suis grand maintenant ! Alors j’ai prit la petite pirogue en bois de mon grand frère, un bout de fil de pêche, un hameçon et quelques coquillages trouvés dans les rochers. Je suis parti seul affronté l’immensité de l’océan Indien car la faim commençait à me tenailler.

Au bout de 2 heures j’avais 3 petits poissons, quelle fierté ! De retour au village, pas âme qui vive. A 8 h, tout le monde est parti, depuis bien longtemps, vaquer à ces occupations. Il faut maintenant passer à la seconde épreuve faire cuire cette pêche miraculeuse. Dans ma belle maison, une case faite en feuilles de cocotier, où nous vivons mes frères, mes sœurs, maman et moi. Je me hisse sur une caisse en bois pour attraper les allumettes. Puis à la recherche de quelques brindilles, j’ai fait un petit feu. Je ne suis pas un aventurier, mais depuis que je suis petit je regarde maman faire la cuisine, alors je connais la technique.

Une tige taillée dans une de feuille de coco et voilà que j’embroche mes 3 poissons. Un peu de sel, troqué au marché, et je passe à l’action. Ah oui ! Un peu de jus de citron vert. C’est papa qui avait planté le citronnier dans le jardin avant de partir avec la cousine de maman pour aller vivre à la ville et trouver du travail.

Je suis bien tout seul, la brise de l’océan est douce, un moment formidable où je suis fier de moi, où je prouve à maman que je suis un homme.

Et puis soudain, une voix brise mon premier contact avec l’indépendance. Cette voix douce et à la fois inquiète je la connais. C’est la voisine ! Une Vazaha qui s’est installée il y a deux ans dans une immense maison à l’autre bout de la plage. Elle est gentille, mais elle toujours en train de s’inquiéter pour moi.

Matteo, “Fais pas ci, fais pas ça, viens ici, met toi là, attention prend pas froid, …..”

J’suis plus un gosse, je suis un homme maintenant. 4 ans ce n’est pas rien !

Je vous raconte mon histoire, mais ne soyez pas triste parce que je suis petit. Je suis un enfant heureux. Je joue, rigole avec Marie-Ange. Je l’ai même emmené avec moi à la pêche, mais elle n’est pas très douée. Peut-être parce qu’elle n’a pas besoin de pêcher pour manger ! Et puis la cuisine au feu de bois, je trouve ça meilleur que sur le gaz !

Tous les matins je passe devant chez Marie-Ange, sur la plage en chantant. Je m’arrête boire un chocolat. Un jour elle m’a dit “Dans mon pays si un petit garçon se promène tout seul en chantant, on appelle la police pour le ramener à la maison. Et un enfant qui chante tous les matins en allant à la pêche, ce n’est pas normal !”

Voilà l’histoire du p’tit gars d’Ampasiphy. A l’âge de 10 ans il passait son temps en cuisine avec le chef cuisinier de mon resto. Mais le bonheur de Matteo est de partir avant le lever du soleil pour aller à la pêche. Il livre le poisson et les langoustes aux restaurants du coin. C’est un vrai champion pour ramener les poissons énormes. Quand il revient de la pêche le grand Matteo s’occupe de sa maman trop vieille pour travailler. Tous ses frères et sœurs sont partis à la ville pour travailler dans les administrations.

C’est en fouillant dans les images que ma maman a conservé que j’ai retrouvé Matteo. Heureuse de retrouver cette image, et toute une histoire !

Ce que je retiens de cette photo, c’est la rencontre avec Matteo, bien sûr ! Mais aussi que la photo de voyage qui ressort d’un placard, nous rappelle les fondamentaux de notre existe.

Cette histoire vous plait ? Alors participez en laissant un commentaire ci dessous

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7 commentaires à propos de “Pourquoi laissez vous mourir vos photos ?

  1. Très touchante l’histoire du petit Mattéo….. oui, les vieilles photos gardées précieusement et retrouvées ont une histoire , c’est la mémoire d’une période de notre vie, de nos rencontres de nos voyages …… et des moments, des souvenirs qui ressurgissent ……!!!

  2. Très belle histoire, Marie-Ange …… merci pour ce joli moment …

    Que de belles périodes de vie inscrites sur nos photos préférées…
    Alors, clic… clic …. encore et encore … pour de nouvelles histoires !

  3. C’est vrai, c’est dommage de laisser dormir certaines photos dans nos tiroirs (ou sur son ordi: beaucoup de personnes aujourd’hui n’impriment plus leurs photos)… Il y a quelques années j’ai fait le tour de la fratrie de maman et ai rassemblé toutes les photos des uns et des autres… les ai toutes scannées et en ai fait un album, dont tous ont voulu un exemplaire! Certaines photos (dont celle de mes arrières grand-parents avec mon arrière-arrière grand-mère) étaient une vraie découverte pour certains, chacun n’ayant qu’un « bout de l’histoire »… Quand je pense qu’au début de mon projet, certains m’ont prise pour une folle 🙂

  4. Je découvre cette première histoire avec cette magnifique photo. Elles m’ont revoyé à mes propres souvenirs à Mada lors d’un voyage humanitaire sur la Tsiribihine. De grands moments de rencontres avec ce peuple si attachant! Merci pour ce voyage !

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