La première photo de mon voyage en Inde

Pour comprendre le fil d’Ariane de mon défi “1 image, 1 histoire”, commencez par lire la genèse de l’aventurePourquoi je vais vous raconter 52 histoires avec une photo, à raison d’une anecdote pendant 1 an . 52 photos, 52 histoires pour raconter mes 20 ans de voyages . 52 semaines pour parler de la photo de voyage  et de l’importance des photos dans la vie de chacun d’entre nous. Vous aimez les histoires, vous aimez la photo, Ecrivez la votre et envoyez-moi votre anecdote. Chaque mois je publierai une de vos photos avec votre récit de voyage ! Nos souvenirs sont trop beaux pour rester au fond du placard ! Alors dépoussiérez vos photos. Si vous faites des images, c’est pour les faire vivre ! Un cadeau vous attend à chaque sélection !

Episode 2/52 – La première photo de mon voyage en Inde

La photographie, des « instants en suspens »

Prise lors de mon premier voyage en Inde, cette photo occupe une place à part dans mon parcours de photographe car c’est le premier souvenir que j’ai de ce pays. Cette image est unique car ce moment ne se reproduira plus. Même si je prévois d’y retourner cette année, je ne vivrai plus jamais cet instant. C’est ça la magie de la photographie. Elle permet à chacun de figer un instant d’histoire, de notre histoire. L’art de la photographie est de pouvoir raconter une histoire à partir d’une photo.

La première photo de mon voyage en Inde

Ce n’est pas la plus belle photo, mais c’est la première ! L’histoire du jour a pour objectif de vous donner la preuve que l’instant vécu est encore plus important que la technique

Je débarque à l’aéroport de Madras (c’est plus évocateur et exotique que Chenais) à une heure tardive. Je prends un taxi d’un autre temps pour rejoindre un lieu qui s’appelle Mahabalipuram dans la province de Tamil Nadu en Inde. Il me faudra que quelques secondes, à la sortie de l’aérogare, pour comprendre que je vais vivre quelque chose de peu banal dans ce nouveau pays que je ne connais pas. J’ai lu des livres, des reportages, regardé des documentaires, parlé avec des voyageurs, mais maintenant c’est mon tour. J’y suis !

Il fait nuit et la seule vision que j’ai pour le moment, c’est la nuit, les embouteillages et le bruit. Même dans mes pensées les plus folles, je n’ai jamais imaginé une telle effervescence. Et le mauvais délire à ce moment a été d’imaginer 1,3 Milliard d’individus grouillants autour de moi. J’arrive du Cambodge, le pays de la zen attitude. Mais qu’est ce qui m’a pris de sauter dans cet avion ?

3 heures pour faire 80 kms en contre sens sur une deux fois deux voies. De la science fiction !  Arrivée à l’hôtel, que j’ai heureusement réservé au préalable, je prends ma clé et je m’enferme dans ma chambre. Demain il fera jour !….

Après une nuit où le bruit n’a pas cessé, je me réveille le cerveau endolori. J’apprendrai au bout de 3 mois, que le bruit fait partie de la vie Indienne, tout le temps, 24h sur 24, il n’y a un moment de répit. Un petit déjeuner végétarien, et gargantuesque suffit à me mettre d’excellente humeur. Mon aventure commence à cette minute. Je vais faire la première photo de mon voyage en Inde. J’enfile mon baudrier, Bob* et me voilà partie. En ce début de journée, j’opte pour la plage pour me mettre dans le bain , oups !! Histoire d’être un peu tranquille !

Mais là stupéfaction ! Il y a devant moi une centaine de femme en saris aux couleurs chatoyantes. La vision est féérique. Toutes ces femmes crient, s’amusent et se baignent . Je regarde ce spectacle haut en couleur et encore une fois, je me dis “mais où je suis ? Ca fait des années que tu parcours le monde, tu n’as jamais rien vu de ta vie ou quoi ?

Mon instinct de photographe reprend vite le dessus. Mais qu’est ce que je dois faire? Photographier ou ne pas immortaliser ce moment. Toutes ces femmes se baignent, même habillées, il est peut être malvenu de m’immiscer dans cette tranche de vie. Je ne peux pas résister alors je m’avance, je souris, et je commence à shooter en toute décontraction. Et l’impensable à ce moment se produit. Une nuée de femmes en rouge dans la mer se mettent à hurler et crier de plus belle en se précipitant vers moi. Oh! la! la! C’est pas bon !

Surprise par cette réaction, je lâche mon appareil photo (attaché à mon baudrier), prête à prendre mes jambes à mon coup ! Mais quelle honte d’avoir eu ce sentiment de peur.

Et toutes à me demander : “Hey! Madame, you’re a professional photographer ????….”. Il faut dire que Bob est d’une carrure impressionnante.

Un “Yes” timide sort de ma bouche, n’étant pas sure que ce soit la réponse qu’elles attendent ! Et là une explosion de joie,  de frénésie, à jouer des coudes pour faire la pose. Incroyable ! Et j’ai passé un moment fantastique. Elles se bousculaient, tombaient dans l’eau, prenaient des poses pour que se faire prendre en photo. Sans m’en apercevoir, prise dans le feu de l’action, je me suis retrouvée avec de l’eau jusqu’au dessus des genoux à continuer à faire des photos. Ce qui a provoqué l’hilarité générale.

Et c’est à ce moment que j’ai compris que les indiens ont un rapport à la photographie stupéfiant. Pendant 3 mois, je me suis battue pour que ce peuple arrête de poser devant mon objectif. Dans un bon nombre de pays au monde, il est parfois compliqué de rentrer en contact avec les populations et qu’elles acceptent que je prennes des photos. Mais là, l’inverse se produit. Je dois jouer de subtilités, de subterfuges ou me cacher pour prendre des photos naturelles où ces gens extraordinaires ne posent pas. Pour les surprendre dans leur quotidien. Dès que ma présence est remarquée, j’ai droit à toute la famille. J’étais dans une période de pèlerinage où chacun est disposé à “donner, recevoir, partager”. Les circonstances étaient certainement propices. Bien que durant 3 mois, je n’ai sentie chez les Indiens que fierté et gentillesse à chaque fois que j’ai sorti mon appareil photo.

Dans la région de Maduraï, un groupe de pèlerins m’a expliqué que c’était un honneur que je m’intéresse à eux et que je l’ai prenne en photo, car ces images vont être vues au delà de leurs frontières….. C’est plutôt un honneur pour moi d’être accueillie de la sorte.

Parce qu’ « Une photographie, c’est un fragment de temps qui ne reviendra pas. » Martine Franck, il faut profiter de l’instant présent. Et puis il faut être là ! Pour créer de belles photos de voyage, on ne passe pas forcément beaucoup de temps à mitrailler, mais plutôt à constamment ouvrir les yeux. En se promenant beaucoup,  on crée des opportunités de rencontrer des instants fugaces. On n’obtient pas ses photos “de la chance” en restant dans notre chambre d’hôtel ou au bar d’hôtel.

L’auteure de cette histoire ( c’est à dire moi !) s’est vraiment donné du mal pour écrire cette anecdote. Alors si cette histoire vous a plu,  pensez à lui écrire un petit commentaire pour la remercier, ça ne prendra que quelques instants et ça lui fera plaisir !

* Bob est mon inséparable compagnon, autrement dit mon appareil photo de prédilection, un boitier 5d Canon

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9 commentaires à propos de “La première photo de mon voyage en Inde

  1. oh là là …. comme cela me donne envie ce premier pas en Inde …. ce pays est fascinant ….. hâte de connaître d’autres histoires accompagnées de superbes clichés …. on sent que ces belles personnes pleines de couleurs ont une âme !!!!

    1. Présenter 52 images, rédiger 52 histoires en 52 semaines est un défi photographique et rédactionnel qui n’est pas évident…. pour moi ! Cependant c’est une excellente façon de faire le ménage dans ses images et de revivre mes aventures de 20 ans de voyage. Le plus dur étant de faire un choix ! J’invite chacun à tenter l’expérience, Le cerveau est une machine machiavélique et complexe qui fait resurgir des souvenirs que l’on croyaient bien enfuis. Ah la magie des images !

      1. Sacré défi, Marie-Ange, mais tu t’en sors très bien et j’imagine le choix cornélien de l’image qui va faire ressurgir les souvenirs qui s’y rattachent …..d’autant plus que 20 ans d’aventures, de voyages et d’images …. ça compte ….. !!!!

  2. Marie-Ange.. Merci pour cette belle page sur L’INDE bien résumé !! En la lisant, je souriais car je me revoyais là-bas…
    Quel pays. Moi aussi, j’ai connu de tels moments extraordinaires. Hésitantes mes 3 Amies et moi nous avons vite compris surtout avec les Femmes et les enfants qu’ils adoraient être photographiés…et c’est bien ça : des explosions de joie, de cris, de gestes dans tous les sens. les enfants sautant de joie. Et quand ils ou elles se regardaient sur l’ écran de notre appareil ce n’était que de grands éclats de rire.. des regards rieurs échangés, complices… quels moments partagés! . Extraordinaires. Inoubliables …

    Et ces très belles femmes habillées de couleur. Les couleurs surtout dans le Kérala, l’atmosphère, leur gentillesse, leur douceur, et tout dans le partage malgré leur pauvreté. Belle leçon de vie.
    Etonnant. J’ai été très malade (mais je ne voulais pas rester dans la chambre) les gens m’arrêtaient pour savoir ce que j’avais, ils ont faire ouvrir une pharmacie – un dimanche, puis mon chauffeur au retour s’est arrêté sur le bord de la route pour me cueillir un énorme lotus au milieu d’une retenue d’eau boueuse. L’eau aux genoux et grand sourire, la fleur tendue . Inoubliable photo.
    Il se rappelait que c’était mon Anniversaire.
    Que de souvenirs… et un beau carnet de voyages.
    Les appareils photos ont chauffé durant ce grand voyage d’un mois au milieu de cette foule mais … indienne !!!

    Vous avez raison: la photo pour revivre ces moments éphémères mais intenses. La chance d’être là pour des photos « bonheur »…

    1. Merci pour ce témoignage Christiane. Rendez vous début septembre à Madagascar pour immortaliser le présent et créer des souvenirs en images

  3. C’est une bonne préparation à mon voyage d’un mois en octobre à Goa.
    Ne pas hésiter à emporter mon Nikon, de saisir des scènes de vie surtout avec les femmes et les enfants, de ne pas m’aventurer dans un trajet de nuit et changer complètement ma notion du temps ☀️✨

    1. L’Inde est aussi une photo de l’intérieure. Comme disait Ghandi « il est plus facile de faire 10 fois le tour de la terre, qu’une fois le tour de soi même ». Alors bon voyage en images

  4. Merci Marie-Ange pour cette belle anecdote. Le sourire m’est venu au fur et à mesure de la lecture quand je me revoyais sur les ghâts de Haridwar, tranquillement à profiter de l’ambiance et que tout l’après-midi se sont succédé un nombre incroyable d’indiens en pélerinage me sollicitant pour faire des photos: en prendre, poser, avec la petite dernière ou la grand-mère… de quoi revoir son propre rapport à l’image 🙂

    1. Tu as raison Cécile, je pense qu’il est bon de se demander ce que nous apporte la photographie et ce que l’on attend de cette activité. Car au delà de la prise de vue, la créativité, les rapports avec les autres, que cette activité impose peut largement se mettre au service du développement personnel de chacun

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